Jour du dépassement : inspirons-nous de Zola !

« Je veux peindre d’abord, en bas, l’amour des paysans pour la [planète], un amour immédiat […] parce qu’elle est à ses yeux la fortune de la richesse, puis en m’élevant, l’amour de la nature nourricière, la nature dont nous tirons tout, notre être, notre substance, notre vie et où nous finissons par retourner »
 
Voici ce qu’écrivait en substance Emile Zola dans ses Ébauches, au sujet de son roman La Terre, publié il y a 130 ans. Bien que peu connu du grand public, ce roman est pourtant riche en symboles et significations. Choisir le 2 Août pour évoquer ce grand roman de la littérature française n’est pas anodin. Car le 2 Août est le jour du dépassement : la totalité des ressources que notre planète peut produire en un an ont été épuisées. Ce jour du dépassement arrive plus tôt chaque année. Au fil des siècles, l’Humanité a perdu son attachement à la nature tant les évolutions technologiques et industrielles ont mené à une société de surconsommation.
 
Aussi brillant que visionnaire, Emile Zola confrontait déjà l’Humain face à cette disparité entre l’attachement viscéral à la planète et les prémices d’une révolution industrielle entrebâillant la porte à des moyens de production indécents pour celle-ciLa Terre nous présente la situation d’une famille de paysans beaucerons ayant un amour inconsidéré pour la culture et la nature. Le romancier les présente comme étant les origines de l’homme ainsi que le véritable objet de ses désirs.
 
Surtout, il présente la nature, notre planète, comme un héritage qui se transmet à chaque génération : « Ni épouse, ni enfants, ni personne, ni rien d’humain : la Terre ! Et voilà qu’il avait vieilli, qu’il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance », écrit-il à propos du vieux paysan lorsqu’il décide de remettre sa ferme et ses hectares à ses enfants. Cet amour de l’agriculture tient une place fondamentale dans l’identité de la famille de Beaucerons.
 
Retenons que le lien entre l’Homme et la nature est intime et essentiel. Il y a toujours aujourd’hui, dans notre agriculture de proximité, un profond respect dans le regard de l’éleveur en direction de son animal ; il y a toujours cette passion d’entretenir la planète, un amour inextinguible pour cette nature nourricière. Ce lien-ci est fondamental pour continuer à produire dans le respect de l’environnement, de manière saine, écologique et durable. Zola nous instruit avec une leçon de vie : si nous perdons notre gratitude envers la nature qui nous a donné la vie, nous brisons le lien qui nous unit à elle. Les conséquences n’ont jamais été aussi criantes qu’aujourd’hui : traités ultra-libéraux qui détruisent et épuisent la planète, fermes des mille vaches, multinationales qui sacrifient un modèle de production durable sur l’autel de la rentabilité… Les exemples sont nombreux.
 
Comment changer ? Il faut revoir notre manière de produire selon un modèle de protectionnisme intelligent : revenir aux circuits courts, encourager et privilégier l’agriculture de proximité et artisanale, avec des retraitements sur place. Toutes ces solutions permettront d’organiser progressivement une transition énergétique avec un cycle de prospérité s’appuyant sur nos salariés, nos savoir-faire et nos industriels, au lieu de nous ruiner dans l’achat d’équipements venus de l’extérieur. De telle sorte, nous redonnerons de l’emploi et relancerons notre économie tout en étant écologiques et soucieux de l’environnement.
 
Comme l’expliquait Zola : « La [nature] donne la vie, la reprend, impassible. C’est un personnage énorme, toujours présent. L’homme n’est qu’un insecte s’agitant sur elle, peinant pour lui arracher la vie […] Dès lors que l’on voit en [elle] une seconde mère, nous ne l’exploitons plus, nous l’entretenons comme elle nous a entretenus ». En d’autres termes, rappelons-nous toujours de l’immensité et de la souveraineté de notre planète.
Cyril Martinez,
Responsable communication